Vitalité et santé menstruelle : rompre le silence

Date: 8th May 2017

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Par Archana Patkar, directrice de la politique et du plaidoyer au WSSCC, et experte en matière de gestion de l’hygiène menstruelle

Madame Patkar dirige une équipe qui travaille avec des gouvernements nationaux et locaux, des décideurs politiques, des entreprises et la société civile de pays en développement pour promouvoir un développement inclusif centré sur l’égalité et la non-discrimination par le biais d’interventions sanitaires et d’hygiène.

Cet article est également publié dans Interpress Service News et Thomson Reuters Foundation News

Où que ce soit, la menstruation est l’affaire de tous, mais pour les femmes et les filles, qui ont toujours dû saigner en silence, stoïquement, pour que personne ne sache qu’elles ont leurs règles, c’est une toute autre affaire !

Lentement mais sûrement, il devient socialement acceptable de parler des règles, une réalité biologique aussi ancienne que les femmes.

La société a désormais évolué au point que le mot vagin n’est plus un mot tabou.

Lors de la conférence « Women Deliver » en 2016, l’actrice d’Hollywood, Jessica Biel a déploré le fait que le monde se refuse à parler ouvertement du corps des femmes. « [Parler du corps] est honteux et c’est ça le problème…. mais pourquoi tant de honte ? C’est un sujet qui m’embarrasse et je n’ose même pas en parler à mon gynécologue… mais pourquoi ? C’est ridicule. Je suis ici parce que je veux mettre fin à la stigmatisation liée à tout ce qui a trait à la reproduction féminine. »

À chaque fois qu’une célébrité brise le silence, la discussion qui s’ensuit sur Internet réduit petit à petit ces préjugés profondément ancrés et abaissent les barrières. Si on prend l’identité et les préférences masculines et qu’on y ajoute des règles mensuelles, qu’est-ce qu’on obtient ? Même les femmes transgenres ont des règles à un moment ou un autre. Et pourtant, nous n’en parlons pas… pour la plupart d’entre nous, c’est quelque chose de honteux. C’est bien la preuve que le silence et la honte ne sont pas réservés aux femmes. La stigmatisation et la honte sont aussi une réalité constante et généralisée dans les mondes masculins.

Pour briser ce silence et faire en sorte que les règles passent d’un sujet honteux à un sujet dont on parle, nous ne pouvons pas nous contenter d’endiguer le flux, nous devons le glorifier dans toute sa splendeur, couleur vermillon. La musicienne et militante Kiran Gandhi a couru le marathon de Londres en 2015sans tampon alors qu’elle avait ses règles. Fu Yuanhi, une nageuse chinoise qui a terminé quatrième au relais 4 x 100 mètres aux Jeux olympiques de Rio, a fait la une pour avoir déclaré qu’elle avait ses règles pendant la compétition. Plus nous parlerons de la menstruation et plus elle deviendra normale, mais il faudra plus qu’une poignée de femmes célèbres pour y parvenir.

Alors, pourquoi cette bataille pour la reconnaissance du sang menstruel ? En 2004, étonnée par l’hésitation, voire même la profonde résistance à prononcer le mot « menstruation », j’ai longuement réfléchi à un point de départ pratique, pragmatique, qui permettrait de savoir qui parle enfin de la menstruation dans son travail quotidien. Qu’est-ce qui nous empêche de faire quelque chose face à ce silence et cette injustice choquants ? Comment est-il encore possible de tolérer que des filles ne puissent pas aller à l’école lorsqu’elles ont leurs règles ? J’ai inventé l’expression gestion de l’hygiène menstruelle pour décrire un ensemble réaliste d’informations et de pratiques qui, prises ensemble, pourraient faire en sorte que le cycle menstruel ne présente plus aucun risque et cesse d’être stigmatisé. Aujourd’hui, nous observons une remarquable convergence de preuves et d’actions, de champions, de politiques et de pratiques, de médias et d’entreprises, qui ont tous pris l’initiative de briser le silence sur les règles et de lutter contre la stigmatisation.

La Haute représentante adjointe pour les droits de l’homme des Nations unies, Kate Gilmore, nous rappelle que le déni des droits est un comportement acquis et qu’il peut donc être désappris. Ce ne sera pas facile. Des siècles de silence, de honte, de restrictions, de coercitions et d’injustice devront être bannis de nos esprits. Est-ce que chaque enseignant, parent et pair est à l’écoute ? Sommes-nous capables de désapprendre ces stéréotypes sans les remplacer par d’autres ? La communauté du développement est habituée à travailler dans des catégories étroitement définies ; certains s’occupent du VIH, d’autres du genre et d’autres encore du WASH, de la santé, de l’éducation, des emplois ou des droits en matière de santé reproductive. Nous ferions mieux de travailler à éliminer les préjugés, l’amnésie et l’aveuglement.

Les êtres humains sont de toutes formes, couleurs et tailles. Faire le « coming-out » de la cause sanguine est un moyen pour nous tous de davantage parler de notre corps dans toute sa splendeur et, par conséquent, avec toutes les difficultés que cela entraîne. Peut-être pourrons-nous mieux reconnaître la réalité de la menstruation ainsi que celle de l’incontinence à la ménopause ou à l’effort pendant la grossesse.

Peut-être pourrons-nous transformer les esprits pour pouvoir parler sans honte des sujets intimes et personnels dans les foyers. Et peut-être, puisque cela ne demande ni financement particulier, ni projets, ni formation professionnelle extraordinaire, ni rigueur pédagogique, et puisque c’est extrêmement simple… peut-être pourrons-nous embrasser l’humanité dans toute sa glorieuse diversité pour les générations à venir. Que ce soit en langue des signes ou en braille, en wolof ou en mandarin, il n’est pas difficile de faire le serment, de briser le silence et de faire en sorte que la stigmatisation et la honte attachées à la menstruation soient remplacées par la dignité et la fierté.

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