Gestion de l’hygiène menstruelle : de la stigmatisation au changement social

Date: 28th May 2018

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Cet article a été à l’origine publié sur le site Internet Impacting our Future de MEDIA PLANET et dans l’édition du weekend d’USA TODAY. 

Par Virginia Kamowa, chargée des programmes Plaidoyer mondial auprès du WSSCC

Le féminisme n’a jamais été aussi visible et pourtant, la gestion de l’hygiène menstruelle continue d’être l’un des stigmates les plus importants de la société. Et ce sont les femmes et les filles des pays en voie de développement qui souffrent le plus.

Plus tôt ce mois-ci, le dictionnaire Merriam-Webster a désigné « féminisme » son mot de l’année. Des manifestations de femmes au mouvement #MeToo, le sexisme qui empêche les femmes d’avancer dans leur vie privée et professionnelle a été l’un des principaux sujets vedettes de l’année 2017.

Bien que moins débattue dans ce contexte, la menstruation est associée à l’un des stigmates les plus systématiques qui entravent l’égalité des sexes. En moyenne, une femme a ses règles 3 000 jours dans sa vie. Pourtant, dans chaque pays, la honte et les mythes qui entourent la menstruation contribuent à cette stigmatisation. La menstruation est silencieuse ; elle est censée être invisible. Les femmes et les filles qui ont leurs règles sont également censées être invisibles et silencieuses. Elles font l’objet de restrictions et de discriminations nombreuses simplement à cause de leurs règles.

Lutter contre un tabou omniprésent

Le tabou de la menstruation aboutit à l’humiliation et l’indignité pour des millions de femmes et de filles. Les stigmates au sujet de la menstruation constituent une violation des droits humains, notamment des droits à la non-discrimination, à l’égalité, à la santé et au respect de la vie privée. C’est dans les régions les moins développées du monde, où le silence se transforme en peur, en stress psychologique, en exclusion et se traduit par une absence de services et d’éducation des femmes et des filles que les conséquences de ces tabous se ressentent le plus. Ces impacts désastreux ont été observés par Leo Heller, le rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’eau et à l’assainissement.

Dans un rapport en date de 2015, Heller a déclaré : « Un approvisionnement en eau, un assainissement et une hygiène inadéquats dans les écoles affectent tout particulièrement les filles. Certaines filles ne vont tout simplement pas aux toilettes quand elles sont à l’école en raison de la qualité médiocre des installations sanitaires et, souvent, de l’absence de gestion de l’hygiène menstruelle. Elles ne mangent pas ni ne boivent d’eau jusqu’à ce qu’elles rentrent chez elles. Une fille que j’ai interviewée m’a dit qu’il y avait un service d’évacuation des serviettes hygiéniques, mais qu’il était difficile de gérer l’hygiène menstruelle quand il n’y a pas d’eau à l’école. La gestion de l’hygiène menstruelle qui garantit le respect de la vie privée et la dignité humaine est un élément important, mais souvent oublié des droits humains à l’eau et à l’assainissement ».

Améliorer la santé et le bonheur des femmes et des filles

La gestion de l’hygiène menstruelle fait référence à la menstruation d’une manière sécurisée et hygiénique. Il s’agit d’un parfait exemple de multiplicateur stratégique dont l’impact dans les domaines de la santé, de l’éducation, des compétences, de l’emploi et du travail, de l’autonomie financière, de l’environnement, des biens de consommation et de l’économie est mesurable. Cela aide à briser les « normes sociales sexistes », comme on dit dans le jargon du développement.

Pour les filles et les femmes, cela signifie une adolescence plus saine et plus en confiance, dans la sécurité, la dignité, le respect de leur vie privée, une meilleure présence à l’école et de meilleurs résultats scolaires, davantage de mobilité et d’opportunités et, en fin de compte, des mariages plus tardifs, une première grossesse différée et davantage d’autodétermination et de bien-être.

Lever le voile

Le WSSCC, une organisation hébergée par les Nations Unies, travaille dans le domaine de la gestion de l’hygiène menstruelle à de multiples niveaux. L’organisation travaille dans la recherche, le renforcement des capacités et la transformation des politiques, et veille également à ce que les voix des plus vulnérables soient entendues.

Ainsi, les gouvernements peuvent introduire des politiques qui garantissent des toilettes séparées pour les femmes et les filles dans les écoles et sur les lieux de travail, un accès à des produits essentiels tels que des linges ou serviettes, ainsi que des moyens de s’en débarrasser ou de les laver. Surtout, les femmes et les filles ont besoin d’informations exactes sur la menstruation, loin des mythes et du ridicule, et ce idéalement dès le début de la puberté. L’information favorise l’autonomisation et les choix éclairés. Nous en observons le succès. Par exemple, le Cameroun a récemment adopté des stratégies nationales qui incluent explicitement la gestion de l’hygiène menstruelle dans leurs objectifs.

De manière fondamentale, les dirigeants nationaux et communautaires doivent prendre la parole en faveur du changement d’attitudes, mettre un terme aux coutumes qui restreignent les femmes et les filles qui ont leurs règles, et promouvoir globalement l’éducation sur la menstruation.

Il est temps d’accorder la priorité, à l’échelle mondiale, à une menstruation sûre et hygiénique, assortie d’un financement, de politiques et de stratégies dédiés. En levant le voile du silence, nous ouvrons la porte à l’action, une action susceptible de transformer la vie des femmes et des filles du monde entier.

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