La menstruation est la responsabilité de tous

Date: 18th December 2019

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Entretien avec un jeune leader kenyan qui plaide pour le rôle des hommes dans le domaine de la santé et de l’hygiène menstruelles

Par Kevin Mwanza et Francesca Nava

NAIROBI, Kenya Alors même que le gouvernement du Kenya a approuvé la Politique nationale de gestion de l’hygiène menstruelle (GHM) le 21 novembre 2019en vue d’intensifier ses efforts pour offrir un soutien accru aux filles et aux femmes, un homme à Nairobi insiste sur le fait qu’il est essentiel que les garçons et les hommes, eux aussi, comprennent la menstruation comme un « phénomène biologique normal ».

M. Daniel Karanja, dirigeant d’une organisation communautaire et membre du WSSCC, nous explique pourquoi la menstruation est la responsabilité de tous.

WSSCC : On vous appelle souvent le défenseur de la santé et de l’hygiène menstruelles. Que faites-vous précisément dans ce domaine ?

M. Daniel Karanja, directeur fondateur de l’organisation COSEDI (Community Socioeconomic Development Initiatives Initiatives pour le développement socio-économique communautaire) : Chez COSEDI, nous sommes fiers d’affirmer haut et fort notre appui à la cause de la santé et de l’hygiène menstruelles. Notre démarche nous amène à nous livrer à des activités de sensibilisation dans les écoles et les prisons, échangeant avec les femmes et les filles tout en les encourageant à envisager la menstruation dans la dignité.

La responsabilité nous incombe de « ne laisser personne pour compte ». À cet égard, notre organisation milite en invitant les hommes et les garçons à se joindre au débat et à y participer de manière proactive en proposant des idées novatrices permettant d’assurer un vécu de la menstruation dans la dignité. Ils sont également invités à défendre d’autres droits reproductifs, portant notamment sur la lutte contre les mutilations génitales féminines, les grossesses chez les adolescentes et le mariage des enfants, en évoquant la cause de la santé et de l’hygiène menstruelles comme stratégie d’entrée.

Notre implication dans ce domaine de la santé et de l’hygiène menstruelles est essentielle si l’on veut faire progresser ces actions de plaidoyer.

WSSCC : Vous plaidez pour que les hommes jouent eux aussi un rôle dans vos campagnes de plaidoyer en faveur de la santé et de l’hygiène menstruelles. Comment vous y prenez-vous pour interpeller les hommes à cette fin ?

M. Karanja : Ça n’a pas toujours été facile, surtout au sein des communautés aux sensibilité culturelles très marquées, où les hommes n’ont même pas le droit de parler de serviettes hygiéniques. Des gens m’ont pris à partie en me demandant : « De quoi vous mêlez-vous de parler de menstruation, alors que vous êtes un homme ? ». Ce à quoi je réponds : « Les hommes ont un important rôle de soutien à jouer ». J’insiste sur la nécessité de faire évoluer les perceptions de l’implication des hommes dans les questions menstruelles, car la menstruation n’est pas seulement l’affaire des femmes.

WSSCC : Il semblerait que l’implication des hommes dans des actions de plaidoyer en faveur de la santé et de l’hygiène menstruelles ait produit des résultats positifs. Est-ce bien le cas ?

M. Karanja : Au Kenya, nous constatons de grands progrès en la matière et, désormais, de plus en plus d’hommes acceptent d’apporter leur soutien. Nous voulons clamer haut et fort d’une seule voix : « La menstruation est quelque chose de normal, qui devrait être source de fierté pour les femmes et les filles ».

Aujourd’hui, je suis ravi que le gouvernement du Kenya ait adopté une stratégie GHM et approuvé une politique nationale qui prend acte des besoins des menstruatrices dans le pays. Quelle satisfaction que de voir que le gouvernement reconnaît la santé et l’hygiène menstruelles comme une question qui mérite qu’on s’en préoccupe.

WSSCC : À quand remonte précisément votre intérêt pour les questions portant sur les règles ?

M. Karanja : Mon implication dans le domaine de la santé et de l’hygiène menstruelles a commencé en 2009 alors que je travaillais comme acteur. Un jour, je me trouvais dans les coulisses quand l’une de mes collègues s’est mise à souffrir de très fortes crampes abdominales. J’étais quelque peu décontenancé, je ne savais que faire ni que dire. C’était la première fois que je voyais une femme dans un état pareil.

Nous n’avions pas le moindre argent sur nous, alors, avec l’un de mes amis, nous sommes partis à la « chasse aux serviettes hygiéniques ». Nous recherchions une boutique tenue par une commerçante qui pourrait facilement comprendre la situation dans laquelle nous nous trouvions. Nous avons eu la chance de trouver une femme qui nous a donné quelques paquets de serviettes hygiéniques jetables.

Je me souviens de cette fille qui s’est mise à pleurer sans pouvoir s’arrêter quand, à notre retour, nous lui avons présenté des serviettes hygiéniques, sachant fort bien qu’il nous avait fallu demander de l’aide à quelqu’un. C’est donc de là qu’est née mon implication dans le domaine de la santé et de l’hygiène menstruelles. Je me suis mis à aider les femmes et les filles de mon entourage pour gérer leurs règles.

WSSCC : Quels sont les obstacles à surmonter pour assurer la santé et l’hygiène menstruelles au Kenya ?

M. Karanja : Le silence est un obstacle majeur, dans la mesure où la menstruation est toujours considérée comme un sujet tabou. Par exemple, les filles ont souvent rechigné à assister à des « salles ou clubs sur la menstruation », en raison de la stigmatisation qui s’y rattache.

Sur le plan culturel, il existe des croyances autour de la menstruation qui incitent à la discrimination et à la honte. Ce silence explique pourquoi 6 filles sur 10 au Kenya n’ont jamais entendu parler de menstruation jusqu’à leurs premières règles. Sans compter que 65 % des filles et des femmes du pays qui ont leurs règles ne disposent pas d’un accès durable à des serviettes hygiéniques.

WSSCC : Pour lutter contre cette culture du silence, vous animez une activité intitulée « le labo de la santé et de l’hygiène menstruelles ». Pouvez-vous nous en dire plus à son sujet ?

M. Karanja : Le labo de la santé et de l’hygiène menstruelles est en fait un espace protégé, où les femmes et les filles peuvent parler librement au sujet de la menstruation. C’est l’occasion pour elles d’exprimer les difficultés qu’elles peuvent rencontrer pendant la menstruation et les moyens d’y remédier. À la fin des séances, les femmes et les filles confectionnent un bracelet des règles.

Cette activité est un moyen d’amorcer la conversation, à laquelle les hommes peuvent aussi se joindre. Les hommes n’ont pas de règles, mais il est de notre devoir et de notre responsabilité de veiller à ce que nos femmes, nos sœurs et nos mères soient en mesure de vivre leur menstruation dans la dignité.

Notre engagement collectif s’exprime en ces mots : « Je m’engage à rompre le silence au sujet de la menstruation, à ne pas éprouver de timidité, à m’exprimer avec fierté. » Cette promesse est très importante pour faire en sorte que les gens puissent parler librement de la menstruation.

WSSCC : Désormais, l’avenir des menstruatrices au Kenya est-il prometteur ?

M. Karanja : Je crois sincèrement qu’il l’est, pour autant il nous reste encore beaucoup à faire pour les filles et les femmes. Mon ambition est celle d’un avenir où la santé et l’hygiène menstruelles se répercutent favorablement sur les objectifs attendus en matière de santé et d’éducation, grâce à des efforts de renforcement de l’accessibilité et de la disponibilité des fournitures menstruelles et des informations sur la menstruation.

Ces efforts nous permettront d’affecter les ressources de manière appropriée et d’avoir des conversations normales à propos de la menstruation, en mettant fin au sentiment de honte qui entoure les règles.

Pour cela, il nous faut nous concentrer sur le renforcement des capacités et sur la formation des parties prenantes et des partenaires, afin d’adopter une approche globale vis-à-vis de la santé et de l’hygiène menstruelles et de déterminer les meilleurs moyens d’inscrire cette question dans leurs programmes WASH.

Le WSSCC a joué un rôle essentiel à cet égard. Nous devons tous continuer de réclamer davantage d’investissements et d’engagements financiers de la part des gouvernements et d’autres parties prenantes pour assurer l’avenir des menstruatrices.

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