Une pierre précieuse qui fait obstacle à la lutte contre la défécation à l’air libre

Date: 18th December 2019

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Les populations rurales de Madagascar face aux défis de l’immigration

Hoby Randrianimanana

(L-R) Fanja Randriakalomalala, membre du mécanisme de coordination du programme du WSSCC; Michele Rasamison, coordinatrice nationale du WSSCC; Tsimondy Albert, agent de terrain de SPM; Randrianirina Victor Noel, maire de Miary Lamatihy; Francis Randrianantenaina, coordinateur du programme SPM. © WSSCC / Hoby Randrianimanana

MIARY LAMATIHY, Madagascar – Dans une zone rurale de Madagascar, des villages qui sont parvenus à mettre fin à la pratique de la défécation en plein air peinent à conserver ce statut. La raison ? La présence d’une pierre précieuse dans la région, le saphir.

Face à une ruée de mineurs provoquée par la découverte de saphir dans la région, les leaders communautaires et responsables sanitaires luttent avec grandes difficultés contre la défécation à l’air libre et un retour en force de cette pratique dans les villages où le manque d’hygiène redevient un problème.

Dans la commune rurale de Miary Lamatihy, située à 800 kilomètres au sud-ouest de la capitale malgache Antananarivo, les nouvelles perspectives d’emploi, l’immigration et les comportements sanitaires présentent de nombreux défis.

« Depuis la découverte de saphir au début de l’année, la commune fait face à un important flux migratoire » déclare monsieur Albert Tsimondy, un représentant du Service pour la Population de Madagascar, l’un des organismes partenaires d’exécution soutenu par le Fonds mondial pour l’assainissement (GSF) du Conseil de concertation pour l’approvisionnement en eau et l’assainissement (WSSCC).

Selon monsieur Tsimondy, ces communautés voient de nombreuses personnes venir travailler pour quelques jours, puis repartir. « Souvent, des personnes à qui nous avons expliqué les problèmes de la défécation à l’air libre et qui en ont bien pris conscience sont parties tandis que de nouvelles personnes immigrent, nous obligeant à refaire tout ce travail de déclenchement auprès de ces nouveaux arrivants » explique-t-il.

Nos partenaires sanitaires comme le Service pour la Population de Madagascar ont pris des initiatives au niveau des communautés pour faire des villages en zones rurales des lieux exempts de défécation à l’air libre. Cela inclut une initiative de déclenchement.

Dans le cadre de cette déclenchement, des organisateurs bien formés se rendent dans les villages et encouragent les habitants à prendre conscience que leur pratique de défécation à l’air libre signifie qu’ils ingèrent, au final, leurs propres excréments. Cela suffit à les convaincre de changer leur comportement en la matière.

Les partenaires d’exécution du WSSCC visitent un nouveau site de latrines dans un village ODF dans la commune rurale de Miary Lamatihy. © WSSCC / Hoby Randrianimanana

Monsieur Victor Noël Randrianirina, maire de Miary Lamatihy, nous fait part de sa grande inquiétude quant aux conséquences de l’exploitation des mines de saphir sur les progrès sanitaires réalisés dans sa commune. Il nous montre les excréments qui jonchent le bord de la seule et unique route qui mène à sa commune, juste à côté de panneaux bleus sur lesquels on peut lire « Défécation et abandons de déchets interdits sur le bas-côté. Amende : 20 000 ariarys » (soit environ six dollars).

« Certains villages avaient tout juste atteint l’état de fin de défécation à l’air libre et comme vous pouvez le constater par la présence des panneaux bleus, nous avons réussi à réduire cette pratique dans le chef-lieu de la commune où auparavant, les excréments pullulaient. Mais la découverte de saphir a ruiné tous nos efforts » indique le maire.

La commune n’est pas encore totalement en état FDAL, essentiellement parce que la défécation à l’air libre revient en force surtout dans les zones où sont présents un grand nombre de migrants.

Panneau indiquant une zone exempte de défécation en plein air à Madagascar. © WSSCC / Hoby Randrianimanana

Selon des données de la mairie, le chef-lieu de la commune est concerné par cette résurgence, et il s’agit de l’endroit le plus animé où se trouvent le marché, la gare routière, l’école et la mairie, ainsi que certains fokontanys (subdivisions de commune) des alentours.

Selon les chiffres, le chef-lieu de commune a dû accueillir, de janvier à mi-novembre 2019, 925 mineurs venus tenter leur chance, ce qui représente près de 40 % de la population du chef-lieu où vivent 2 360 âmes.

Confirmant les dires du maire, monsieur Tsimondy a déclaré que sans ces problèmes en lien avec l’immigration, la commune de Miary Lamatihy aurait été en état FDAL d’ici la fin de l’année.

« Certains mineurs viennent même se soulager sur les terres des habitants de la commune, puis s’en vont. » La présence de mineurs est difficile à gérer car ils viennent de différentes régions, sont de cultures diverses et n’ont pas les mêmes modes de vie » précise monsieur Randrianirina.

Le retour de la défécation à l’air libre préoccupe beaucoup monsieur le maire Randrianirina qui a réuni en urgence le 4 novembre2019, les chefs de fokontanys, les anciens des villages, les enseignants des écoles et les professionnels de santé pour discuter d’une solution et améliorer la situation.

« Pendant la réunion, les personnes présentes ont convenu qu’il fallait fixer un objectif : celui de faire de toute la commune une zone en état FDAL d’ici janvier 2020 » a déclaré le maire, monsieur Randrianirina.

Madame Sabine Pelakoa, sage-femme au centre de soins CSB II de Miary Lamatihy, a indiqué qu’elle allait discuter avec les nouveaux migrants lors de sa rencontre hebdomadaire et leur parler de la nécessité d’utiliser les latrines pour lutter contre les maladies diarrhéiques.

Un homme dans la zone rurale de Madagascar se tient juste en face de la structure de ses latrines à fosse. © WSSCC / Hoby Randrianimanana

« Je vais leur parler des risques de la défécation à l’air libre en leur montrant des affiches présentant les différentes voies de transmission féco-orale des maladies » a-t-elle expliqué.

Madame Pelakoa a aussi confirmé son projet de se rendre dans les foyers de son quartier pour encourager les familles qui n’utilisent pas de latrines à en construire et pour féliciter celles qui l’ont déjà fait.

Afin de soutenir l’objectif fixé pour janvier 2020, monsieur Bruno Rasolo, chef du fokontany Ambahimalitsy, a confirmé l’organisation d’activités de suivi parmi les membres de sa circonscription. Il a également accepté de fixer un ensemble de règles sanitaires dans le fokontany et formera des groupes de suivi pour en assurer le respect.

Les latrines de Pascal sont à l’épreuve des mouches. Le trou de chute est correctement couvert et de la cendre est utilisée. © WSSCC/ Hoby Randrianimanana

Monsieur Pascal Realy, un leader communautaire du village de Mitsinjo maintenant en état FDAL, a indiqué son souhait de se rendre dans les villages voisins pour montrer aux habitants les avantages de l’utilisation des latrines. Il a confirmé pouvoir tirer parti de son statut d’ombiasa (chaman) pour influencer les comportements des habitants.

Le maire, monsieur Randrianirina, va réunir tous les mineurs et organiser, à leur attention, des activités de déclenchement pour les problèmes de défécation en plein air. Il a également demandé aux jeunes de son fokontany qu’ils se portent volontaires pour nettoyer les lieux où se sont accumulés les excréments et pour creuser des latrines pour les personnes ne pouvant pas le faire.

Femmes et enfants assis dans un complexe ODF à Madagascar. © WSSCC/ Hoby Randrianimanana

Afin de poursuivre les initiatives et de faire face à cette situation précaire susceptible de compromettre les avancées de la commune en la matière, le maire a également demandé de l’aide à l’agence et aux partenaires d’exécution du WSSCC pour poursuivre les séances de déclenchement dans la région.

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