Au Nigéria, un homme consacre sa vie au déclenchement

Date: 8th March 2020

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Par Olajide Adelana

ABUJA, Nigéria – Parler de défécation n’est pas chose aisée. Bien souvent, ce sujet est abordé à voix basse, nous plonge dans l’embarras et nous paraît déplacé. Mais pourquoi avons-nous honte d’un processus aussi naturel que l’évacuation des selles ? Certes, il existe des sujets de discussion plus plaisants. Mais tout le monde va aux toilettes. C’est donc une question universelle, notamment parce qu’elle est liée aux problématiques d’eau et d’assainissement.

Au Nigéria, j’ai rencontré un homme qui surmonte ces obstacles pour parler ouvertement de la défécation à l’air libre et de son impact sur l’eau et l’assainissement. Nanpet Chuktu est chef de programme chez United Purpose, une organisation de développement soutenue par le WSSCC qui s’efforce depuis 1999 d’aider les femmes et les communautés nigérianes à revendiquer leurs droits, tout en promouvant les bonnes pratiques d’hygiène et d’assainissement.

Nanpet m’explique qu’il préfère utiliser le mot « merde » que de parler des « excréments » ou du « caca ». Pourquoi ? « Pour faire réagir les gens », me dit-il. Nous venons à peine de nous installer dans un restaurant local d’Abuja, la capitale du Nigéria, que Nanpet a déjà prononcé le mot « merde » plus de fois qu’on ne l’entendrait en une semaine. Cet homme est vraiment passionné par son métier. Même pendant le repas, il s’interrompt parfois pour m’expliquer – avec son plat, sa cuillère et son verre d’eau – comment lui et son équipe d’United Purpose s’y prennent pour amener les communautés rurales à « parler de la merde ».

« Quand nous nous rendons dans un village, l’animateur apporte une bouteille d’eau claire et un verre en plastique transparent. Il propose de l’eau à chaque villageois qui aurait soif. Il s’empare ensuite d’un bout de fil et le trempe dans des excréments que les villageois ont prélevés pour la séance de déclenchement. Puis l’animateur plonge le fil dans le verre en plastique qui contient de l’eau potable. Quand il propose aux villageois de boire à nouveau dans le même verre (dont l’eau est maintenant souillée), tous refusent catégoriquement. Aucun d’eux n’a envie de boire une eau agrémentée de caca. » Nanpet arbore un large sourire en me décrivant cette méthode de déclenchement qui fait partie de la stratégie d’assainissement total piloté par la communauté.

Cette approche de promotion de l’assainissement consiste à faciliter l’analyse des habitudes et des problèmes liés à la défécation tout en encourageant la mise au point de solutions locales pour réduire puis éliminer la pratique de la défécation à l’air libre. Dans le cas de la méthode décrite par Nanpet, il s’agit de montrer visuellement à la communauté ce qu’elle ingère lorsqu’elle pratique la défécation à l’air libre. Cette prise de conscience pousse ensuite la communauté à agir collectivement pour améliorer sa situation sanitaire.

Nanpet continue ses explications : « Le déclenchement est efficace. Vous devriez voir comment les membres des communautés se lancent dans le combat pour l’assainissement après notre passage. Certains deviennent même des champions de la cause pour la fin de la défécation à l’air libre dans leur communauté. »

Le Nigéria compte actuellement 20 collectivités locales ayant mis fin à la défécation à l’air libre (FDAL), dont 7 ont acquis le statut FDAL grâce aux efforts déployés par United Purpose par le biais d’un programme du Fonds mondial pour l’assainissement soutenu par le WSSCC.

Pourtant, il n’a pas été simple de convaincre les communautés de la nécessité de mettre fin à la défécation à l’air libre puis d’obtenir le statut FDAL. Les équipes sont confrontées à la diversité des points de vue, et l’analyse de la culture, du style de vie et des habitudes et problèmes liés à la défécation peut-être une tâche colossale. Nanpet admet que de telles difficultés existent. Cependant, en tant que leader d’une équipe de jeunes qui forment un mouvement autour de l’assainissement, il soutient que « c’est la seule solution possible ».

D’après la Banque mondiale, près de la moitié de la population nigériane (soit plus de gens que les populations d’Espagne, de Roumanie et des Pays-Bas réunies) vit dans l’extrême pauvreté. Le manque d’accès aux services de base, comme l’eau potable et l’assainissement, l’éducation, les soins de santé et la nourriture, contribue fortement à la pauvreté.

D’après un rapport du Programme de suivi conjoint de l’OMS et de l’UNICEF sur l’eau et l’assainissement , près de 116 millions de Nigérians sont privés de services sanitaires de base et un Nigérian sur quatre pratique la défécation à l’air libre. Cette situation accroît la propagation des maladies évitables, contribue au taux de mortalité élevé chez les nourrissons, réduit la productivité et influe négativement sur les moyens de subsistance.

Les problèmes d’assainissement du Nigéria alimentent son cycle de pauvreté. Sans l’adoption d’une approche collective, l’objectif fixé par l’administration du président Buhari, qui entend faire sortir 100 millions de Nigérians de la pauvreté au cours des dix prochaines années, ne pourra pas être atteint. Cette approche nécessitera notamment de donner aux communautés des informations leur permettant de comprendre le lien entre la santé et l’assainissement, ainsi que son impact sur l’éducation et les moyens de subsistance.

La nuit tombe lorsque Nanpet me livre sa conclusion : « Ce qui me motive, c’est d’insuffler un changement en amenant les communautés à se lancer elles-mêmes dans la réalisation de la fin de la défécation à l’air libre et l’amélioration des latrines. »

 

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