Namaste Lal Bhoomi Shrestha, le stratège à l’origine de la campagne ODF [Mettre fin à la défécation en plein air] au Népal

Date: 8th March 2020

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de Renu Kshetry

M. Shrestha a poussé un soupir de soulagement lorsqu’en septembre dernier, son rêve de voir le Népal déclaré « pays libéré de la défécation en plein air » est devenu réalité.

Aujourd’hui âgé de 60 ans, Namaste Lal Bhoomi Shrestha a passé 36 ans de sa vie dans le domaine de l’approvisionnement en eau et de l’assainissement. Il est même devenu le spécialiste principal de l’assainissement pour le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF).

« J’ai fait un rêve, et j’étais convaincu que mon pays serait vraiment libéré de la défécation en plein air, alors que tant de doutes subsistaient dans tous les domaines », raconte-t-il, décrivant comment il a su persévérer, obtenir le soutien de toutes les parties prenantes au fur et à mesure et finalement voir son rêve se concrétiser.

Reconnaissant sa contribution aux efforts déployés pour libérer le pays de la défécation en plein air, le gouvernement népalais l’a proclamé héros national. En 2010, la Suède l’a nommé ambassadeur de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène (WASH) et a émis un timbre-poste en son honneur.

En 2005 et en 2010, M. Shrestha a pu se procurer par lui-même 11 crores [ndlt : unité de numération indienne = 10 millions] de roupies népalaises (974 000 USD environ) auprès du Comité national suédois pour WASH. En 2006, l’UNICEF s’est servi de ces fonds pour expérimenter le programme d’assainissement total piloté par les écoles (SLTS) et le concept de district modèle à Kaski, Chitwan et Tanahun, qui sont ensuite respectivement devenus les premier, second et troisième districts libérés de toute défécation en plein air au Népal.

Né à Bandipur, dans le district de Tanahu, Namaste a connu une enfance marquée par les difficultés et les luttes. Travailleur et studieux, Namaste a pu démarrer sa carrière dès l’obtention de son diplôme à 19 ans quand il est devenu directeur d’une école publique à Bhansar. Il raconte comment il a pu, durant cette période, faire appel aux élèves et aux enseignants pour porter des pierres le week-end afin de pouvoir construire l’école, une expérience qui, ainsi qu’il l’a compris, a renforcé leur sentiment d’appartenance à l’institution.

Parcours professionnel dans le domaine de l’assainissement

En 1976, M. Shrestha s’est joint à la United Mission to Nepal (Mission unie pour le Népal – UMN) en tant que professeur de langues et conseiller culturel. Son travail exigeait parfois qu’il se rende dans des régions reculées du pays. Une visite à Jumla en 1980 l’a profondément choqué.

« À cette époque-là, Jumla avait 50 ans de retard par rapport à Katmandou. Les conditions de vie y étaient inhumaines » se souvient Namaste. « J’ai senti que si je voulais vraiment faire quelque chose de différent, il n’y avait pas de meilleur endroit que Jumla. » Il a demandé une prolongation de deux ans de détachement pour y travailler.

Prise de contact avec l’assainissement

Au terme de la première année là-bas, Namaste a jugé qu’il serait approprié qu’il quitte son logement, dans lequel il bénéficiait d’une aide domestique, et qu’il emménage avec une famille du village de Simkhadha. Dans ce nouveau cadre de vie, son alimentation se composait principalement de pain d’orge salé et pimenté. Comme les autres villageois, il devait se rendre dans un champ éloigné pour y faire ses besoins. Un ruisseau voisin les approvisionnait en eau pour boire, cuisiner et se laver.

Au bout de quelques mois, Namaste est tombé malade. Le médecin lui a conseillé de rentrer à Katmandou s’il ne voulait pas perdre la vie. Mais il a préféré voir dans cette expérience un appel à l’action. Sentant qu’il pourrait au moins essayer d’améliorer la vie de ces villageois en rendant leur eau potable, il a décidé de rester.

Toutefois, bien qu’il ait cherché à obtenir de l’aide auprès des fonctionnaires et des responsables politiques à divers échelons de gouvernement, ses demandes sont restées lettres mortes, certains s’inquiétant de ses prétendues opinions politiques. En définitive, la solution a été de s’appuyer sur la population locale, qu’il a réussi à convaincre de travailler dans une mine de pierre pour gagner de l’argent et acheter des canalisations d’eau. Après qu’il ait demandé et obtenu un soutien technique auprès de l’UMN, les canalisations ont été installées pour acheminer de l’eau propre dans le village de Simkhadha. Namaste a également encouragé les villageois à construire des toilettes sans faire appel à une aide extérieure, qu’elle provienne du gouvernement ou d’autres donateurs.

Cela a constitué un tournant dans sa vie.

La clé du succès réside dans la participation des femmes

Fort de son expérience professionnelle en tant que sociologue œuvrant à Jumla, Namaste a rejoint la Fédération luthérienne mondiale (FLM) en 1984 en tant que responsable du développement communautaire à Baglung, à 270 km à l’ouest de Katmandou. Il se souvient de l’énorme contribution des femmes au projet d’eau et d’assainissement, tant par leurs efforts physiques que par leurs compétences pédagogiques. Cette expérience a jeté les bases de son engagement en faveur des femmes dans la campagne ODF.

Au cours de ses 30 ans de carrière au sein de l’UNICEF, Namaste a progressé de son premier poste d’assistant de projet à celui de spécialiste principal de l’assainissement. Il a joué avec son équipe un rôle crucial dans la prévention de la diarrhée, la principale cause de mortalité et de morbidité chez les enfants de moins de 5 ans. Il a contribué à réduire les risques de maladies transmissibles en améliorant l’accès à l’eau potable, en promouvant l’assainissement, en particulier les toilettes, et en incitant continuellement les gens à se laver les mains avec du savon.

« Avec l’UNICEF, nous avons pu réduire de manière draconienne les taux de mortalité et de morbidité grâce à des approches holistiques qui impliquent l’éducation, la santé et la nutrition, ainsi que l’accès à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène », explique Namaste.

Le mantra de la réussite

Namaste s’est concentré sur quelques événements majeurs qui lui ont permis de traduire son rêve en réalité.

En 1988, l’UNICEF s’est inspiré de la stratégie d’implication des femmes de Namaste en recrutant, formant et déployant 40 femmes pour un travail de proximité concernant la promotion de l’assainissement et de l’hygiène. Inspirés par l’initiative de l’UNICEF, tous les bureaux divisionnaires et sous-divisionnaires chargés de l’approvisionnement en eau et de l’assainissement choisissent des femmes pour ce travail. Le nombre de femmes bénévoles en santé communautaire atteint les 56 000 au niveau national. Cela a largement contribué à améliorer la santé et l’état de l’assainissement et de l’hygiène des communautés à travers le pays.

En 1994, le service de l’Approvisionnement en eau et de l’Assainissement (DWSS) a pris l’initiative de préparer une politique d’assainissement, avec le soutien de l’UNICEF, en privilégiant la participation des femmes.

De la réflexion à la recherche d’un engagement politique

Comme l’élaboration de nouvelles politiques ne suffisait pas, le gouvernement népalais, avec la collaboration de l’UNICEF d’autres organisations animées du même esprit, a organisé une conférence en 1998 à Katmandou en y conviant les présidents des 75 comités de développement de district et les maires qui se sont publiquement engagés à promouvoir l’assainissement par le biais du DWSS et de l’Association des Municipalités du Népal.

De même, pour marquer l’Année internationale de l’assainissement en 2008, le gouvernement népalais, l’UNICEF, ONU-Habitat et l’OMS, parmi d’autres instances, ont organisé une rencontre au cours de laquelle les 601 membres de l’Assemblée constituante ont exprimé leur engagement à promouvoir l’assainissement et à soutenir la campagne de nettoyage de la rivière Bagmati.

« Cet engagement public a motivé tous les acteurs concernés à accélérer le processus », explique Namaste.

La même année, le gouvernement du Népal a commencé à préparer le Plan directeur national sur l’assainissement et l’hygiène (SHMP), sur la base des engagements pris lors de la Conférence sud-asiatique sur l’assainissement (SACOSAN). Les enseignements tirés du travail effectué pendant six ans dans les trois districts pilotes – Chitwan, Kaski et Tanahu – ont été intégrés dans le Plan national SHMP lancé en 2011.

En 2017, le programme s’est accéléré en revêtant le caractère d’un mouvement social de l’assainissement, mais les progrès ont également été retardés par plusieurs facteurs.

« Notre objectif d’atteindre la situation FDAL en 2017 a été repoussé ultérieurement en raison de diverses circonstances que nous n’avons pas pu éviter, comme les tremblements de terre, les inondations de Terai, les élections locales et une nouvelle structure fédérale », explique Namaste.

« Pourtant, à mesure que le mouvement a pu surmonter tous ces obstacles, la proportion de zones libérées de toute défécation à l’air libre a atteint les 95 % en 2017 », ajoute-t-il.

De son point de vue, trois éléments ont été la clé du succès de la campagne FDAL : la conception très pragmatique du leadership gouvernemental, la collaboration entre les parties prenantes et l’appropriation par la communauté. Les efforts coordonnés et concertés des différentes parties prenantes ainsi que des organismes locaux ont joué un rôle crucial dans l’institutionnalisation de l’ensemble du processus.

« Le Népal s’est engagé à réaliser les ODD en matière d’approvisionnement en eau et d’assainissement. Pour ce faire, nous devons nous concentrer sur un développement comportemental élémentaire, étape par étape, conduisant à une utilisation, un fonctionnement, un entretien et une modernisation appropriés des installations d’assainissement et aboutissant à une élimination durable de la défécation à l’air libre », déclare Namaste.

« Cela devrait être l’affaire de tous, conclut-il, et notre credo devrait être “ Réfléchissons ensemble de manière globale et rationnelle, agissons au niveau national et local et faisons preuve de positivité et d’immédiateté ”. » 

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