Article d’opinion: COVID-19 un échec collectif, une opportunité sans précédent – Par Sue Coates et Catarina de Albuquerque

Date: 6th April 2020

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Communauté sécurisée, comté de Nakuru. Le propriétaire a construit des toilettes, après le lancement de l’initiative visant à installer des toilettes dans les foyers de sa communauté. Dans le cadre d’une visite de suivi, le Comité d’assainissement du village a demandé aux enfants du propriétaire de montrer comment ils se lavent les mains à un robinet de puisage (tippy tap). Photo du WSSCC/Jason Florio

GENÈVE — La fermeture des frontières européennes et des pays à haut revenu est inédite en temps de paix, mais pour les 3 milliards de personnes qui ne disposent pas d’une installation de base dans leur maison pour se laver les mains, la lutte contre les maladies évitables telles que le Covid-19, le choléra, la poliomyélite, la rougeole et Ebola ne faiblit pas.

Dans les pays les plus pauvres, près des trois quarts de la population ne disposent pas d’installations pour se laver les mains avec de l’eau et du savon. Déjà en lutte contre la pauvreté, l’exclusion et les discriminations, ces personnes n’ont pas le luxe de pouvoir stocker des produits de base, de se confiner et de garder leurs distances : 30 % des urbains dans le monde vivent dans des bidonvilles. Et, indépendamment de la fermeture ou non des écoles, environ 900 millions d’enfants ne bénéficiaient pas d’un service élémentaire d’hygiène dans les établissements qu’ils fréquentaient en 2016.

De même, un établissement de santé sur six dans le monde ne dispose pas de service d’hygiène, ce qui signifie que le personnel est dans l’impossibilité de se nettoyer les mains avant de s’occuper d’un patient. Face à cette réalité consternante, comment demander à ces populations vulnérables de se protéger, dans les lieux publics ou à la maison, quand les éléments indispensables pour respecter les conseils sanitaires des autorités publiques font défaut ?

Une grande partie de ces 3 milliards de personnes vivent en Asie du Sud et en Afrique subsaharienne, deux régions dont les populations représentent 85 % des personnes les plus pauvres au monde et où les systèmes de santé sont les plus fragiles et manquent de financement et de personnel qualifié. Pire encore : nombre de ces 3 milliards de personnes sont les plus vulnérables d’entre nous : les handicapés, les personnes âgées, les femmes et les filles, les personnes déplacées, les populations autochtones et celles qui vivent dans les zones rurales les plus reculées.

Alors que la communauté internationale commence à se mobiliser pour répondre aux demandes de renfort dans ces régions, la crainte est qu’une fois le coronavirus passé, la mobilisation et les soutiens se délitent.

Bien que la pratique d’une bonne hygiène puisse rompre la chaîne de transmission interpersonnelle de ce nouveau virus, ainsi qu’en conviennent les spécialistes du comportement, la construction de nouvelles infrastructures et la fourniture de savon ne suffiront pas. Le respect de l’injonction de se laver les mains est motivé par des facteurs extrêmement interdépendants. Les investissements dans la promotion de l’hygiène des mains, associée à l’assainissement et à l’approvisionnement en eau, doivent viser le long terme.

La London School of Hygiene and Tropical Medicine (École d’hygiène et de médecine tropicale de Londres) accumule depuis 1995 des éléments factuels concernant l’efficacité du lavage des mains au savon pour se protéger contre les maladies diarrhéiques. De même, les acteurs du secteur de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène, sous la tutelle des gouvernements et de la communauté internationale et avec le soutien du secteur privé et des organisations de la société civile, ont mené à bien des campagnes visant à inculquer des habitudes d’hygiène personnelle durables. Pourtant, nous ne sommes toujours pas parvenus à privilégier un financement adéquat et suffisant pour satisfaire à l’Objectif 6.2 de développement durable, qui préconise un accès universel (notamment pour les filles, les femmes et les autres groupes vulnérables) et dans des conditions équitables à des services d’assainissement et d’hygiène adéquats. Associé à la menace d’une pandémie sanitaire mondiale, cet échec pourtant évitable est un scandale.

D’après un rapport récent des Nations Unies, même si de nombreux pays sont dotés de plans nationaux qui précisent quelles devraient être leurs infrastructures d’approvisionnement en eau, d’assainissement et d’hygiène, moins de 15 % ont déclaré disposer de ressources financières suffisantes pour les concrétiser. Qui plus est, si l’on en croit la tendance actuelle, l’accès universel à des conditions sanitaires élémentaires ne sera atteint qu’en 2043 et la cible de l’ODD concernant un assainissement géré en toute sécurité ne sera concrétisée qu’au 22e siècle. La réalisation des cibles en matière d’hygiène et de normalisation des comportements associés pourrait nécessiter encore plus de temps.

Joseph Chebochok, un ancien du village de Botoret et membre du Comité d’assainissement du village, montre comment se servir du robinet de puisage (tippy tap) placé à côté des latrines qu’il a construites pour sa famille. Photo du WSSCC/Jason Florio

Comment faire avancer la situation plus rapidement ?

En avril 2019, le Partenariat Assainissement et eau pour tous a convoqué la cinquième réunion des ministres du secteur au Costa Rica. 55 ministres de gouvernements du monde entier ont répondu présents. Cette participation record illustre l’accroissement du niveau de priorité du secteur dans les politiques et la reconnaissance de la nécessité d’une coopération et d’une coordination internationales – un grand pas en avant. Néanmoins, de nombreux ministres présents ont admis qu’ils se heurtaient à un obstacle commun : la difficulté d’accéder à des financements conséquents qui leur permettraient de mettre en place non seulement les infrastructures nécessaires à la provision des services WASH mais également, et surtout, les systèmes, les politiques, les plans, les institutions, les budgets et les connaissances nécessaires à la durabilité de ces services et de ces infrastructures pendant et après une situation d’urgence telle que celle-ci.

Ces ministres comprennent tout à fait que la réalisation d’investissements dans l’assainissement et l’hygiène est fondamentale à une santé durable, à l’égalité de genre et à l’éducation – et inversement. Ils sont en outre parfaitement conscients des interdépendances entre les investissements dans le secteur WASH et le changement climatique. Nous savons, par exemple, qu’un accès restreint à de l’eau et à des installations sanitaires propres contribue à la rémanence de nombreuses maladies infectieuses mortelles. Nous savons également que les filles sont bien plus enclines à aller à l’école et à y poursuivre leur scolarité lorsque les établissements sont équipés de locaux adaptés au maintien de l’hygiène menstruelle. Les élèves fréquentant une école équipée de sanitaires adéquats tombent moins souvent malades et ratent moins de cours.

C’est pourquoi, parallèlement à l’appel du Secrétaire général des Nations Unies António Guterres à harmoniser les programmes et projets existants en matière d’assainissement avec la Programme de développement durable à l’horizon  2030, force nous est de constater le manque d’urgence dans l’affectation de fonds durables pour accélérer la réalisation de cet ODD. Un donateur en attirant un autre, un apport de fonds en cascade permettrait de débloquer des ressources nationales et les investissements du secteur privé. Les principaux donateurs existants – la Suède, la Norvège, la Suisse, l’Australie, les Pays-Bas, les États-Unis, le Royaume-Uni et la Fondation Bill et Melinda Gates, pour n’en citer que quelques-uns – continuent de se mobiliser pour les objectifs de 2030. Mais les gouvernements concernés nécessitent par ailleurs de nouveaux partenaires qui soient déterminés, fiables et prêts à s’engager jusqu’au bout.

Le Conseil de concertation pour l’approvisionnement en eau et l’assainissement étudie actuellement la possibilité de créer un nouveau fonds mondial qui assurerait aux gouvernements un financement catalytique pour enfin lutter contre les inégalités en matière d’assainissement et de maladies dues au manque d’hygiène. Le Partenariat Assainissement et eau pour tous prépare également une réunion avec les ministres des Finances afin de s’assurer que les décideurs financiers au plus haut niveau perçoivent les ramifications dont les ministres sectoriels ne sont que trop conscients. Tout repose sur le financement, y compris le niveau de préparation des pays à cette crise de santé publique et aux prochaines.

En collaboration avec nos partenaires, nous œuvrons dès maintenant à stimuler le changement et à étendre les engagements de haut niveau à long terme, pour qu’ensemble, nous n’abandonnions personne.

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