Entretien avec Mme Anuradha Gupta, directrice générale adjointe de Gavi, l’Alliance du Vaccin

Date: 14th May 2020

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Per Eileen Palmer

À l’occasion de la Semaine mondiale de la vaccination, célébrée du 24 au 30 avril, le WSSCC a choisi cette année de s’entretenir avec Mme Anuradha Gupta, directrice générale adjointe de Gavi, l’Alliance du Vaccin. Invitée à décrire la mission de Gavi, qui est de sauver des vies d’enfants et de protéger la santé des populations en facilitant un recours équitable aux vaccins dans les pays à faible revenu, Mme Gupta a rappelé la contribution fondamentale de l’assainissement et de l’hygiène à la santé publique et au bien-être de tous.

WSSCC : L’Alliance du Vaccin, Gavi, a sauvé de nombreuses vies en vaccinant 760 millions d’enfants, évitant ainsi 13 millions de morts. Quels sont, pour vous, les principaux moteurs de cette réussite ?

Mme Anuradha Gupta, directrice générale adjointe de Gavi, l’Alliance du Vaccin : Gavi a connu un succès remarquable, que j’attribuerai à l’alliance singulière qui nous caractérise. Gavi est un partenariat public-privé qui regroupe des partenaires et des acteurs d’horizons divers. Nous exploitons l’avantage concurrentiel de chacun de nos partenaires alliés, de sorte que « le tout est plus grand que la somme des parties » (NdT : Confucius). Cela nous confère la capacité d’innover en permanence et de mettre en place des programmes de vaccination à grande échelle. Notre partenariat avec les gouvernements a suscité une forte adhésion des pays et élargi l’accès à de nouveaux vaccins salvateurs grâce à des programmes nationaux aux retombées phénoménales.

Notre penchant pour les stratégies innovantes nous a permis de cumuler et de mutualiser les demandes de vaccins présentées par près de 70 pays. Ces pays aux revenus les plus faibles du monde représentent 60 % de la population mondiale, ce qui signifie que nous disposons du volume nécessaire pour réaliser des économies d’échelle, stimuler la concurrence et faire baisser les prix. Nos prévisions concernant la demande en vaccins, notre prévisibilité financière et nos mécanismes d’approvisionnement fortement transparents nous permettent de réduire les prix et de réaliser des économies incroyables. Par exemple, Gavi s’est procuré un vaccin anti-rotavirus à moins de 2 dollars la dose, un tarif unitaire qui peut atteindre les 100 dollars dans de nombreux pays riches. De même, une dose de vaccin contre les papillomavirus nous coûte 4 dollars 50, sans commune mesure avec les 120 dollars par dose en vigueur dans les pays industrialisés. Chaque dollar dépensé par Gavi nous permet donc d’aller très loin et d’accomplir davantage avec un budget moindre.

Notre proposition est unique en son genre, dans la mesure où nous privilégions l’équité. Lorsque Gavi a été créée en l’an 2000, plus de 10 millions d’enfants mouraient chaque année, pour la plupart de causes évitables, et surtout dans les pays pauvres. Gavi a fait sienne la mission d’aider 73 pays, parmi les plus pauvres du monde, où la mortalité infantile était particulièrement élevée.

Près de 25 % des décès d’enfants pourraient être évités avec les bons vaccins. Or, si les pays riches ont plus facilement accès à ces vaccins, les pays pauvres n’ont pas le pouvoir d’achat suffisant pour se les procurer. C’est pourquoi notre action vise depuis le début à promouvoir un accès équitable à des vaccins récents et capables de sauver des vies. Au fil du temps, notre préoccupation est passée de l’équité entre les pays à l’équité au sein même de chaque pays. Le succès phénoménal remporté réside dans le fait que nous avons su convaincre les pays de la pertinence des vaccins. La couverture vaccinale souhaitée par Gavi est désormais plus large dans les pays que nous appuyons que dans les pays non admissibles à l’assistance proposée par Gavi.

WSSCC : Gavi a annoncé qu’en raison de l’actuelle pandémie de Covid-19, de vastes campagnes de vaccination, y compris contre la poliomyélite, la rougeole, le choléra et la méningite, ont dû être reportées. Des millions d’enfants risquent donc de se retrouver menacés par ces maladies infectieuses mortelles et débilitantes. Quelles mesures Gavi entend-elle prendre pour limiter les conséquences de cette situation ?

Mme Gupta : Le Covid-19 est une crise sans précédent. Elle s’est rapidement transformée en une crise non seulement sanitaire, mais sociale et économique. Dans les pays où Gavi est présente, les répercussions de cette pandémie semblent prendre une autre trajectoire. Le virus s’y est propagé relativement lentement, ce qui, à mon avis, a laissé aux pays le temps de mieux se préparer pour faire face à la crise. Mais à mesure que les pays mettaient en place leur stratégie, nous avons pu observer un redéploiement de leur personnel de santé ainsi que l’instauration de mesures de confinement et d’éloignement sanitaire.

Nous avons également pu constater que les communautés avaient peur d’amener les enfants dans les centres d’immunisation. De ce fait, deux choses se sont produites : tout d’abord, l’introduction de nouveaux vaccins et les campagnes de prévention qui étaient prévues dans de nombreux pays n’ont pu avoir lieu en raison de la situation. En outre, nous avons vu que la plupart des pays ont du mal à maintenir des services de vaccination dans des lieux fixes. Leur fréquentation a fortement baissé du fait de la crise, qui aura généré de l’appréhension au sein du personnel soignant et de l’hésitation chez les parents.

Les services de vaccination ont été fortement perturbés. Cette tendance nous inquiète particulièrement, car outre les infections liées au Covid-19 et leurs conséquences, la mortalité infantile risque de croître si les enfants, surtout les plus pauvres, ne reçoivent pas à temps les vaccins qui pourraient leur sauver la vie.

À cela s’ajoute le risque de flambées épidémiques. Des cas récents d’Ebola sont déjà réapparus en RDC. Une épidémie de fièvre jaune a fait des victimes en Éthiopie. Le Ghana connaît une épidémie de méningite, et nous craignons l’apparition de nouvelles épidémies de poliomyélite et de rougeole dans différents pays. Nous essayons donc de nous assurer que les plans stratégiques de préparation et de réponse des pays privilégient le maintien des services essentiels de soins de santé, parmi lesquels les services d’immunisation.

De nouvelles recommandations ont été formulées sur la façon de pratiquer et d’administrer des vaccinations dans le contexte des mesures de confinement et d’éloignement sanitaire. Nous travaillons de manière proactive avec les pays pour nous assurer de la continuité de services essentiels tels que l’immunisation.

WSSCC : Quel rôle pensez-vous que le secteur de l’assainissement et de l’hygiène devrait jouer en ce moment ?

Mme Gupta : L’hygiène et l’assainissement vont être essentiels à l’efficacité de la réponse, car ils sont garants de la bonne santé des personnes en période de crise. Jamais il n’aura été aussi important d’insister sur l’importance de l’eau, de l’hygiène et de l’assainissement. C’est également le moment pour nous de prendre conscience qu’alors même que nous conseillons à la population de se laver fréquemment les mains, certaines communautés pauvres n’ont pas accès à l’eau potable ni à aucune sorte d’eau pour se laver ou pour leurs besoins. Un plan d’action à plus long terme s’impose afin que les communautés vulnérables aient accès à un approvisionnement en eau, à des services d’assainissement et à de bonnes conditions d’hygiène. La bonne santé et le bien-être de ces populations dépendent de ces investissements cruciaux.

Nous devons tous collectivement nous efforcer de privilégier les actions et les investissements dans les services essentiels qui sauvent des vies, comme l’assainissement, l’hygiène et l’approvisionnement en eau. Car ce n’est pas dans une situation de crise, telle une pandémie, que vous pourrez fournir des services qui n’existaient pas au préalable.

WSSCC : Gavi, par l’intermédiaire de son Groupe consultatif, prodigue actuellement ses conseils au WSSCC qui est en cours de mutation pour devenir le Fonds pour l’assainissement et l’hygiène. Pourquoi pensez-vous que le monde a besoin de ce Fonds et quel est votre message à nos donateurs potentiels ? Pourquoi devraient-ils investir maintenant ?

Mme Gupta : La priorité devrait être accordée à la santé et au bien-être. Si l’on considère la question de manière globale, l’assainissement est un préalable essentiel. J’ai beaucoup travaillé sur ces questions en Inde, et je sais que lorsque nous parvenons à régler le problème de l’assainissement et à éliminer les pratiques de défécation à l’air libre, l’amélioration des résultats en matière de santé publique est considérable. Ces investissements génèrent des gains sans précédent. Il est triste de voir certains pays privilégier uniquement le traitement des maladies, une mesure dont l’efficacité est moindre si l’on néglige les fondamentaux de la prévention. Nous devons adopter une approche axée sur la promotion de la santé. Mieux vaut prévenir que guérir. Il importe donc d’éviter les maladies, et pour cela, l’assainissement et l’hygiène jouent un rôle prépondérant.

L’élimination de la défécation à l’air libre permet non seulement de débloquer le cercle vertueux de la santé et du bien-être, mais également de promouvoir la dignité, la sécurité et l’autonomisation des femmes et des filles. Il est important de mettre l’accent sur la santé et l’hygiène menstruelles : j’ai pu constater par moi-même que les filles abandonnent l’école lorsqu’elles ne peuvent pas se procurer de serviettes hygiéniques ou que leur école n’est pas équipée de toilettes.

J’ai travaillé dans le secteur éducatif en Inde, et le taux d’abandon scolaire m’a horrifiée, surtout celui des filles, et uniquement parce qu’il n’y avait pas de toilettes dans les écoles. Lorsqu’une fille commence à avoir ses règles, elle peut éprouver de la honte, surtout si, comme des millions d’autres filles, elle ne peut pas se procurer de serviettes hygiéniques et doit utiliser un bout de tissu usé ou des matériaux non hygiéniques comme de la cendre, qui engendrent énormément de problèmes de santé, et notamment des infections liées à la santé génésique.

Le secteur du développement doit adopter une compréhension et une perspective globales de la situation. Il est clairement essentiel d’investir dans l’assainissement et l’hygiène, car autrement notre approche de la santé et du bien-être ne serait non plus préventive et proactive, mais réactive et tardive et accorderait une importance démesurée aux traitements hospitaliers.

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