Au Népal, des écolières s’allient pour améliorer la gestion des menstruations

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Dans une école rurale, les filles peuvent désormais rester à l’école en période de menstruation

Renu Kshetry

NUWAKOT, Népal — Dans un village népalais, une écolière de 15 ans raconte comment ses parents lui ont demandé, trois ans plus tôt, de s’isoler pendant cinq jours lorsqu’elle a eu ses premières règles.

« J’ai été forcée de rester dans une pièce sombre pendant cinq jours. Il m’était strictement interdit de sortir profiter de la lumière du soleil et de rencontrer mon frère et mon père », relate Sangita Neupane. « On m’a dit que si je sortais en plein jour et que je voyais mon père et mes frères, quelque chose de mal leur arriverait. J’ai donc dû obéir à ma mère. »

Sangita estime avoir eu de la « chance » de n’être restée recluse que cinq jours, parce que sa « sœur a dû vivre dans la pièce sombre » beaucoup plus longtemps, plus précisément pendant 12 jours, au cours de ses premières règles. Sangita a également dû suivre le même rituel lors de ses deuxième et troisième règles.

Sushila Paneru, animatrice en assainissement total d’un programme de promotion de l’hygiène soutenu par le Fonds mondial pour l’assainissement du WSSCC, reconnaît que dans de nombreuses régions du Népal, les menstruations sont toujours considérées comme « impures et honteuses ».

Selon Mme Paneru, le degré d’exclusion pendant les menstruations varie selon le district, la région, la communauté et le ménage. Mais plus particulièrement dans l’ouest du pays, les femmes continuent à devoir passer plusieurs jours dans des étables ou des huttes menstruelles.

« Beaucoup de femmes ont perdu la vie dans ces huttes sombres. Cette pratique consistant à éloigner les femmes, ainsi que celle de l’intouchabilité, sont encore monnaie courante dans les communautés brahmanes et chhétri, même dans les zones urbaines », a déclaré Mme Paneru.

En décembre 2019, dans le district d’Achhan, à l’ouest du pays, une femme de 21 ans se serait étouffée à l’intérieur d’une hutte de terre après avoir allumé un feu pour se réchauffer. Elle respectait la coutume du « chhaupadi » selon laquelle les filles et les femmes en période de menstruation doivent être enfermées dans des hangars.

Six jours après sa mort, la police a arrêté son beau-frère.

En août 2017, le Gouvernement népalais a promulgué une loi interdisant cette coutume séculaire, qui est entrée en vigueur en août 2018. En vertu de celle-ci, toute personne forçant une femme à vivre dans une hutte menstruelle est passible de trois mois d’emprisonnement et d’une amende de 3 000 roupies népalaises (26 dollars américains).

C’était cependant la première fois que la police arrêtait une personne dans une affaire de décès lié à la coutume chhaupadi. Les autorités locales font état de 14 décès de ce type dans le seul district d’Achham depuis 2005, année au cours de laquelle la Cour suprême a ordonné au gouvernement d’interdire la coutume.

Une étude menée au Népal auprès de 204 adolescentes a révélé que 89 % d’entre elles avaient subi une forme quelconque de restriction ou d’exclusion pendant leurs menstruations. Au Népal, moins de la moitié des adolescentes possèdent une connaissance satisfaisante des menstruations, et seulement une sur dix maintient une bonne hygiène menstruelle.

Mais au lycée Shree Gyanjyoti de Nuwakot, un groupe d’adolescentes est déterminé à changer cela.

Melina Tamang est membre du Comité de gestion de l’hygiène menstruelle du lycée. Elle se souvient d’une camarade, alors âgée de 12 ans, qui a eu ses premières règles en classe.

« Mon amie a dû se lever en plein milieu du cours. Elle avait peur, car elle ne savait pas ce qui se passait. Elle est sortie des toilettes en pleurant et en tremblant de peur », a raconté Melina.
« Il nous a fallu un certain temps pour la convaincre que c’était naturel. » Melina et ses amis ont organisé une collecte pour lui acheter une serviette hygiénique et lui ont donné des conseils.

Des écolières âgées de 10 à 16 ans ont formé un comité comptant 11 membres, appelé Groupe de gestion de l’hygiène menstruelle. Elles se réunissent régulièrement et abordent les questions d’hygiène menstruelle, de harcèlement et de santé sexuelle et procréative.

À Nuwakot, 28 groupes de gestion de l’hygiène menstruelle ont été formés, dont 15 dans des communautés modèles et 13 dans des écoles modèles. Ces groupes se donnent pour objectif principal d’aider les femmes et les filles de la communauté à prendre en main l’hygiène menstruelle. Ces groupes sensibilisent les membres de la communauté sur les questions de santé et d’hygiène menstruelles, sur les moyens de se préparer aux menstruations et sur le rôle des mères.

Sangita, qui a été éloignée des membres de sa famille lors de ses premières règles, confie que les choses se sont améliorées au fil du temps. Désormais, dans sa famille, les femmes ont le droit d’utiliser la cuisine et les chambres ainsi que de prendre leurs repas avec les hommes pendant leurs menstruations.

« Nous devons commencer dans nos foyers, en éduquant nos mères et nos grands-mères et en changeant leurs comportements », a déclaré Sangita.

« Toutes les filles doivent pouvoir devenir des jeunes femmes sûres d’elles, et aucune de nous ne devrait subir d’humiliations pendant ses menstruations », déclare Sushila Paneru, qui est chargée de former les groupes de gestion de l’hygiène menstruelle dans le cadre du soutien fourni par le Fonds mondial d’assainissement du WSSCC.

À l’école Shree Gyanjyoti, les filles ont accès à des toilettes séparées équipées de verrous fonctionnels, d’eau courante et de savon, grâce auxquelles elles peuvent gérer correctement leurs menstruations avec dignité et en toute intimité.

L’école dispose également d’un équipement pour l’élimination des déchets sanitaires, ce qui a rendu la vie plus facile aux filles et aux enseignantes. Les filles souffrant de douleurs menstruelles peuvent maintenant se reposer dans une pièce dédiée. Tout cela a encouragé les filles à continuer de fréquenter l’école pendant leurs menstruations, limitant ainsi leur absentéisme.
Mukunda Rijal, directrice du lycée Shree Gyanjyoti, a expliqué que dans les années 1990, les filles avaient tendance à fuir l’école en raison de l’absence de toilettes séparées. Mais aujourd’hui, sauf en cas de douleurs physiques, elles ne restent pas chez elles.

Ces groupes de gestion de l’hygiène menstruelle sont même parvenus à sensibiliser les garçons de l’école. Selon Jayram Phuyal, présidente du Child Club, ils veillent à ce que les garçons se montrent respectueux envers les filles en fournissant suffisamment d’informations pour créer un environnement propice à l’assainissement et à la modification des comportements. « Les garçons ne harcèlent plus les filles », a-t-elle dit.

En outre, les enseignants sont maintenant conscients du fait que la gestion sûre et efficace des menstruations est intimement liée à la santé sexuelle et procréative.
« Si les filles connaissent mieux leur corps et leur fertilité, elles seront alors mieux habilitées et équipées pour gérer leur santé sexuelle et procréative », a souligné Sabitra Lamsal, enseignante dispensant des cours sur les questions environnementales, sociales et sanitaires.

« L’hygiène menstruelle est directement corrélée à l’éducation, à la santé physique ainsi qu’au bien-être psychologique et émotionnel des jeunes filles. Toutes les parties prenantes concernées doivent donc prendre cette question très au sérieux. »